Descendant d’une vieille et illustre famille léboue goréenne, Urbain Alexandre Diagne est né à Dakar le 29 septembre 1922.

Après des études primaires à l’école annexe de la célèbre Ecole Normale William-Ponty de Gorée, le jeune Urbain effectue ses études secondaires successivement au collège Saint-Michel de Dakar et à l’école technique Pinet-Laprade de Dakar où il entre par voie de concours. Il en sortira avec les diplômes de 1er et 2ème degré de fin d’études techniques du second cycle.

Il consacre ses heures de loisirs aux mouvements de jeunesse (scoutisme) et aux sports aux côtés de ses frères Auguste, Adrien et Paul : athlétisme, volley-ball, natation, football. La pratique du sport le suivra dans sa carrière civile et militaire, où il remportera comme capitaine d’équipe plusieurs trophées en Afrique, Asie et Europe.

Incorporé dans l’armée française le 1er septembre 1944, il obtient le brevet d’aptitude n°1 et sort major de sa promotion (avec mention Très Bien) pour l’obtention du brevet d’aptitude n° 2, option infanterie. Il est nommé sous-officier en 1947.

Titulaire de brevets de capacité des services de l’intendance militaire d’Outre-Mer, il est affecté en métropole où il sert successivement à Marseille (Le Canot) puis à Paris (Le Val d’Or).

Désigné pour partir en Indochine en 1948, il est affecté à Hanoï (Tonkin) puis effectue des séjours au Laos, au Cambodge et en Cochinchine. Chef de détachement de convois de ravitaillements terrestres et aériens des unités opérationnelles, il sillonne tout le nord de l’Indochine, n’ayant de cesse que de mener à bien sa mission malgré les mines et les embuscades, sans oublier les intempéries.

Nommé chef du bureau de presse et d’information de l’état-major du Commandant en chef des Forces Françaises en Extrême-Orient pour les affaires africaines, il est pour ses camarades africains l’animateur vedette de Radio Hirondelle, station créée pour la durée des hostilités et dont les émissions participent pour une grande part au maintien du moral des troupes, ceci aux côtés du célèbre journaliste Jacques Chancel.

Entre temps, lors d’un bref séjour au pays en 1952, Urbain Diagne a épousé une jeune fille de souche goréenne, Marie Simon, secrétaire de direction à la Chambre de Commerce de Thiès, qui lui donnera quatre garçons et quatre filles. En Indochine, son épouse participe également avec lui aux émissions de Radio Hirondelle.

De retour en France en 1957, il est affecté à Paris puis à Marseille où il obtient les brevets de 1er et 2ème degrés d’Opérateur psychotechnicien de l’armée de terre. Il est affecté en Algérie, successivement à l’état-major du secteur Alger-Sahel puis au centre de sélection d’Oran. Il est tout particulièrement apprécié pour ses qualités professionnelles et humaines.

Après l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale, il est transféré en 1961 à la toute nouvelle armée sénégalaise. Promu officier, il est nommé à la tête de la division psychotechnique de sélection et d’orientation, puis chef du bureau de presse d’information, de cinéma et d’action psychologique (futur DIRPA) de l’état-major général des forces armées. Il y excelle grâce à ses éminentes dispositions : homme de contact, il est tout particulièrement apprécié dans les missions délicates.

Auprès du général Jean-Alfred Diallo, commandant en chef des forces armées sénégalaises, il participe aux graves évènements de 1962, 1963 puis 1968 qui ont marqué le Sénégal, en rétablissant la paix sociale et réalisant ainsi la stabilité du pays à tous points de vue.

Nommé commandant en second de l’Ecole Militaire Préparatoire (Prytanée) de Saint-Louis, il se consacre sans compter à l’épanouissement intellectuel et physique des jeunes Africains des ex-territoires de l’AOF et de l’AEF.

Mis à la disposition du ministère de la Jeunesse et des Sports au titre d’entraîneur de l’U.S. Gorée, l’équipe-fanion comme il aimait la qualifier, puis de l’équipe nationale de football, Urbain Diagne, aux côtés de son cousin Raoul Diagne, obtient des résultats spectaculaires sanctionnés par la médaille d’or des Jeux de l’Amitié en 1963 à Dakar. Ce qui reste jusqu’à nos jours une référence dans l’histoire du football sénégalais.

En 1966, lors du Premier Festival Mondial des Arts Nègres, il donne la pleine mesure de ses talents en recevant, en qualité de coordonnateur du bureau de presse, des milliers de journalistes venus de tous les continents pour couvrir l’évènement. Cela lui a valu les compliments de tous, ainsi que sa nomination dans l’Ordre National sénégalais. Toujours dans le domaine des médias, il crée et anime l’émission Armée Nation dont le célèbre Julien Jouga prendra la suite.

Arrivé au terme de sa carrière militaire, Urbain Diagne est admis dans le cadre des officiers de réserve, avec le grade de commandant. Les autorités militaires et civiles lui rendant hommage lors de ce départ, diront de lui : « Vos supérieurs ont été unanimes pour reconnaître en vous une grande vivacité d’esprit et un dévouement digne du plus grand respect ; votre force est toujours d’avoir compris que vous aviez affaire non pas à des subordonnés mais à des collaborateurs ».

L’admission à la retraite n’est pas pour autant une mise au repos, bien au contraire ; Urbain Diagne se met de plus en plus au service des autres en assumant de nombreuses responsabilités, parmi lesquelles :

– la direction d’un cabinet d’assurance de la place (il sera président du syndicat des Agents généraux d’Assurances du Sénégal)

– la présidence du Bureau national de l’Association des parents d’élèves de l’Enseignement privé catholique du Sénégal.

– la vice-présidence de l’Association des officiers de réserve du Sénégal.

Il est aussi président honoraire des entraîneurs de football du Sénégal, participant avec efficacité à toutes les manifestations : le trophée du Lion d’Or récompensant les meilleurs sportifs du pays lui a été décerné en 1996 et remis par le Chef de l’Etat du Sénégal. Il est membre fondateur et président de l’Association France-Sénégal. Il est enfin secrétaire général du comité sénégalais de l’Ordre Souverain et Militaire de Malte, ce qui l’amène à se dépenser sans compter pour le bien des malades et des nécessiteux, selon les préceptes de la charte de cet Ordre.

En 1996, lui remettant les insignes d’officier de l’Ordre national ivoirien, l’ambassadeur Jules Hié Néa dira : « Vos grandes qualités humaines, votre ouverture d’esprit, votre disponibilité, votre conception de l’unité et de la coopération fraternelle entre pays africains, qu’il m’avait été donné d’apprécier lors des douloureux affrontements sénégalo-mauritaniens de 1989, font de vous un Grand Africain ».

Il n’est pas possible de parler d’Urbain Alexandre Diagne sans associer son nom à l’île de Gorée, qu’il représentera à partir de 1975 au conseil municipal de Dakar. En 1980, un décret lui confère le titre d’adjoint spécial au Maire de Dakar chargé de l’île de Gorée, et tous ses administrés l’appellent « Monsieur le Maire », appellation confirmée par la réforme administrative de 1996 qui le fait Maire de la commune d’arrondissement de Gorée.

Un premier fruit de ses efforts a été l’inscription, en 1978, de Gorée sur la liste du Patrimoine Mondial établie par l’UNESCO. Les liens qui unissent l’île-mémoire aux autres pays, et singulièrement aux états africains, sont nombreux. Urbain Diagne ne s’est pas contenté de les maintenir, mais de les développer en favorisant toutes les initiatives de coopération internationale. Il représente la ville de Dakar comme membre du comité exécutif de l’Association des Villes messagères de la Paix créée par l’ONU. Il reçoit les plus grands de ce monde dans sa petite île : Houphouët-Boigny, Nelson Mandela, le Pape Jean-Paul II, Jacques Delors, François Mitterrand, Bill Clinton, Koffi Annan…

S’étant retiré du débat électoral en 2000, il verra la reconnaissance de ses concitoyens s’exprimer en recevant le titre de Maire honoraire.

Membre fondateur de l’Union Nationale des Combattants Africains en 1999, il n’oublie pas ses frères d’armes et poursuivra jusqu’à ses derniers jours le combat pour la reconnaissance de leurs droits.

Si l’on tente de résumer dans une simple formule une vie aussi riche, il faut mettre l’accent sur ses exceptionnelles qualités humaines et dire : « Il a été l’ami de tous ».

Décorations

Françaises

  • Officier de la Légion d’Honneur
  • Médaille militaire
  • Croix du Combattant
  • Médailles commémoratives Indochine et Algérie
  • Médaille d’honneur de la Jeunesse et des Sports
  • Médaille de la Reconnaissance Française

Sénégalaises

  • Commandeur de l’Ordre National du Lion
  • Grand Officier de l’Ordre National du Mérite
  • Médaille d’Or des Jeux de l’Amitié (1963)

 Etrangères

  • Chevalier de Grâce Magistrale de l’Ordre Souverain et Militaire de Malte
  • Officier de l’Ordre National Ivoirien

Par Marie Louise DIAGNE CORREA, Fille de Urbain Diagne

Octobre 2016

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